De : Maquestiaux <francois.maquestiaux@univ-rouen.Fr>
Nous avons le plaisir de vous annoncer que jeudi 26 mars de 12h15 à 13h15 aura lieu le séminaire en ligne de Lorenzo Ciccione (Université Paris 8).
Titre : Repenser les fondements de la cognition mathématique : au-delà du sens du nombre
Résumé : Des décennies de recherches ont montré qu’aux fondements de la cognition mathématique se trouvent la capacité à extraire et à comparer intuitivement les quantités (ce qu’on appelle le « sens du nombre »), la compréhension du principe de cardinalité (qui nous permet de compter avec précision des ensembles d’objets), ainsi que la capacité à effectuer des opérations arithmétiques simples à l’aide de notations symboliques. Ce que je chercherai à défendre au cours de cette présentation, en m’appuyant sur des recherches que j’ai menées récemment, c’est qu’il existe également, aux fondements des mathématiques, d’autres intuitions et capacités (que j’appelle proto-mathématiques), de nature non strictement numérique ou arithmétique, et que l’on retrouve chez des individus d’âges, de niveaux d’éducation, de cultures et de conditions physiques différents. Parmi ces capacités, on trouve :
1. Le groupitizing, c’est-à-dire la capacité grâce à laquelle les êtres humains dénombrent plus rapidement et plus facilement des éléments organisés en groupes. Je montrerai que cette capacité ne semble pas uniquement liée à la maîtrise de l’arithmétique (puisqu’on l’observe aussi chez des enfants d’âge préscolaire et chez les Himba non scolarisés), ni à des capacités visuelles (puisqu’elle est également présente chez des personnes aveugles de naissance).
2. La compréhension intuitive des patterns, grâce à laquelle nous sommes capables d’extraire des motifs et des fonctions à partir de stimuli visuels et auditifs. Je montrerai que cette compréhension est présente non seulement chez des adultes scolarisés, mais aussi chez des enfants d’âge préscolaire et chez les Himbas non scolarisés.
3. L’extraction intuitive de propriétés géométriques, grâce à laquelle nous sommes capables de distinguer, sans enseignement explicite, des formes géométriques sur la base de déviations minimes de propriétés fondamentales. Je montrerai que cette capacité ne semble pas dériver de compétences visuelles, dans la mesure où nous l’avons également observée chez des individus aveugles de naissance, auxquels nous avons présenté les formes en modalité tactile.
Si ces capacités (ainsi que d’autres) sont réellement au fondement de la cognition mathématique, nous pouvons formuler plusieurs prédictions empiriques, que je chercherai à étudier dans les années à venir : que ces capacités intuitives sont corrélées au développement ultérieur des connaissances mathématiques ; qu’elles devraient être prises en compte dans les tests consacrés au diagnostic de la dyscalculie, actuellement centrés uniquement sur les capacités numériques et de calcul ; et qu’elles devraient faire l’objet d’un entraînement spécifique et précoce, dans la mesure où leur maîtrise ne nécessite ni de connaissances mathématiques ni de connaissances linguistiques.
Lien visio : prochainement disponible sur https://sites.google.com/view/collectif-cognitif
Bien amicalement,
Gaën Plancher, Thérèse Collins, François Maquestiaux
















